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Document : 99 01 04 10 - MONSIEUR ET MADAME EMMERY

 

 
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Type RUSH
Collection Pathé (Pathé Productions)
Documentaire
Duration 00:00:00
Col. sound  
Rights Interview non exploitable commercialement sans autorisation des intéressés. Privé
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99 01 04 10

Title

MONSIEUR ET MADAME EMMERY

Dates

Shooting : 06/11/1998

Summary catalogue

Suite interview de Monsieur et Madame Emmery.

Descriptive summary

Sandrine DUMARAIS : Alors comment set-ce qu'il est dev'nu votre ami à tous les deux.... François Mitterrand ?

André EMERY : (brouhaha) Oh ben ça c'est v'nu tout, tout doucement. Ça c'est v'nu... à force de... de s' cottoyer, de s'rencontrer de de... c'est... c'est pas brutal c'est c'est... c'est... c'est v'nu normalement.

Madeleine EMERY : (brouhaha) On est plutôt hospitalier dans l'Morvan alors... On lui a dit " ben vous restez déjeuner... "

André EMERY : Oui il est resté déjeuner avec nous. Et puis voilà.

Madeleine EMERY : Et puis un autre fois... une autre fois il est v'nu avec sa femme alors... et puis les enfants et puis p'tit à p'tit il s'est tissé des liens...

André EMERY : Oui. Oh ben ça c'était quand même bien après avec les... avec les enfants. Mais enfin... C'est comme ça qu'ça s'est passé. On... on s'côtoie on... on parle et puis euh on... on sent que que... que ça... que ça accroche quoi !

Sandrine DUMARAIS : Y'a une chose qu'il appréciait beaucoup chez vous. Ah mon avis... C'est quoi à votre avis... Y'a une chose qu'il appréciait beaucoup chez vous.

André EMERY : (brouhaha) Ah ben dis le moi, moi j'en sais rien, moi il m'l'a jamais dit (rire).

Sandrine DUMARAIS : Alors qu'est-ce qu'il appréciait beaucoup chez vous ?

André EMERY : Chez moi ? Oh ma franchise. Voilà c'est ça... Oh ben c'est certainement pas aut'chose hein.

Madeleine EMERY : Oh je crois oui.

André EMERY : J'ai jamais... comme disait heu... un type là de... à Portballe... un italien il disait " j'ai pas de porte par derrière ". Ben moi non plus (rire) j'avais pas d'porte par derrière. J'ai même des fois où j'étais brutal même, ou même j'ai été très brutal avec François. A tel point que... ça lui arrivait de... de v'nir ici. Il v'nait " Ah bonjour... alors ça va ? Alors quelle vacherie vous avez (rire) à m'dire aujourd'hui ! " Tu vois un peu le... le ton là ça... c'est un ton camarade c'était pas... c'était des vacheries mais... c'était gentil quoi... c'était pas...

Sandrine DUMARAIS : Mais quels types de choses vous lui disiez... Si vous lui faisiez des remarques c'était sur quel heu... sur quoi ?

André EMERY : Oh ben c'était peut être sur... heu... j'sais pas moi peut être sur la politique sur heu... le gouvernement, peut être qu'il f'sait partie du gouvernement, tout l'temps à c'moment là c'est possible... Puis euh... sur ici euh... des trucs qui m'avaient pas... que... qui v'naient pas... euh euh... j'ai toujours été...

Madeleine EMERY : Qui v'naient pas assez vite...

André EMERY : Oui qui v'naient pas assez vite. J'ai toujours été impatient moi heu (rire). C'est dans mon tempérament. Alors j'vais t'dire mais enfin ça ça (rire), c'est ça qu'y m'disait " pas d'vacherie aujourd'hui alors ? ".

Yves CIVARD : Et un exemple euh... Vous vous souvenez d'un exemple particulier où vous aviez un...

André EMERY : Oh ben non c'était... c'était des bricoles quand même c'était pas des... des choses heu... non... non c'était pas des des choses absolument sérieuses. Non non non non... non.

Sandrine DUMARAIS : Mais vous étiez un des seuls à lui parler sans... sans...

André EMERY : Oh ça...

Sandrine DUMARAIS : Sans l'craindre quoi !

André EMERY : Oui. Voilà sans l'craindre. C'est... c'est ça qu'il faut dire. Il il avait une façon de... de de s'présenter, Mitterrand euh... devant les gens. Il... il glaçait les gens hein, il les glaçait. Hein toi qui l'a connu un peu tu peux l'savoir... Et... moi il m'a jamais fait c't'effet là j'sais pas pourquoi j'osais rien lui dire il m'a... il m'a jamais... glacé à c'point là non jamais. J'savais y répondre, au contraire. Ça engageait la conversation c'est... c'était bien mieux comme ça non ? Non... mais ça... la plupart des gens avaient peur... peur de... de lui de de... de c'qu'il allait leur dire. Parce que... il avait la réplique assez facile, il était assez mordant d'ailleurs. Euh... le cas échéant quand il le voulait hein. Mais pfft... non... non non, non tous les deux ça c'est toujours très bien passé. On peut pas discuter ça. Oh là là... on discutait... moi j'ai... j'ai pas toujours été d'son avis à 100% quoi y'a pas d'raison !

Madeleine EMERY : J'pense d'ailleurs que c'est une chose qu'il appréciait ça, mon mari a jamais été courtisan quand il avait quelque chose à lui dire il lui disait en face. J'crois qu'ça il l'appréciait.

André EMERY : (brouhaha) Ouais j'lui passais pas d'la pommade non... ça... ça c'est pas mon genre.

Madeleine EMERY : Il savait que quand il lui posait une question précise, bon il pouvait croire c'qu'il allait lui répondre.

André EMERY : Oui puis qu'j'allais pas lui répondre à côté... qu'j'allais pas lui chercher une euh... quelque chose que... pour arranger les choses pour... pour répondre. Non pas du tout. C'était... c'était tout de suite là boum (rire).

Yves CIVARD : Puisque vous parliez d'courtisans c'est vrai qe il avait quand même une cour de flatteurs...

Madeleine EMERY : (en même temps) Oui oui oui

Yves CIVARD : De... ça d'vait pas être évident quand il était Président de la République pour lui de d's'y r'trouver dans la réalité euh des campagnes comme ici...

Madeleine EMERY : (en même temps) (Brouhaha) Oui. Et au fond c'était pas lui rendre service. Même quand il était député. Il était plus près des gens c'est vrai. Mais y'a quand même beaucoup d'gens qui avaient... qui n'osaient pas lui dire la vérité.

André EMERY : Ouais... on, on avait des réunions souvent et... souvent enfin plusieurs fois par an dans dans des... dans des p'tites communes. Et puis il en profitait pour réunir le le conseil municipal de la commune. Et puis il... il interrogeait les gens tout ça... il les glaçait il les foudroyait ça ça... (rire) ils savaient plus quoi dire ni rien du tout... et puis moi j'lui disais " mais foutez-leur donc la paix, vous voyez pas qu'vous les agacez ! " (rire). C'est vrai. Puis y m'dit " enfin quoi "... ben j'y dis " enfin ils savent pas quoi vous répondre... alors vous les... " c'est vrai... Il en imposait. Il en imposait aux gens. Enfin. Moi j'ai pas été dans c'cas là, j'peux pas dire... (incompréhensible).

Madeleine EMERY : Non mais c'est vrai qu'il avait une prestance, il en imposait.

André EMERY : Pfft des des des réunions de... de de... de maires enfin de... de de du canton par exemple on se réunissait euh surtout pour le euh... puis il était Président du...

Madeleine EMERY : Du syndicat d'électricité...

André EMERY : Du syndicat d'électricité et... euh... pour savoir les besoins et tout ça. Et ben... euh... les les... les maires étaient à côté et puis ils... ils m'faisaient... ils m'foutaient des coups d'coudes " Allez dis-y donc toi, dis-y donc toi, dis-y donc ". Ça... ils n'osaient pas s'adresser directement à lui ça... il les... il les glaçait quoi c'... c'est vrai. Il les... il leur en imposait euh... il... ils avaient peur de lui quoi de... pfft...

Yves CIVARD : Le fait qu'il soit ministre ou...

André EMERY : Même, même avant, même avant.

Madeleine EMERY : (brouhaha) Oh oui parce que... son comportement

André EMERY : Son comportement.

Sandrine DUMARAIS : Parce que lui il s'comportait pas... s'comportait... était froid ?

André EMERY : Oui oui oui. C'est ça.

Madeleine EMERY : Mais j'pense qu'on peut pas dire qu'il était froid. Il était réservé.

André EMERY : Oh. Il était réservé oui mais...

Madeleine EMERY : Il était réservé. Ça l'empêchait pas d'avoir un cœur d'or, il était très... Mais il était réservé.

André EMERY : Oui puis y'a aussi une chose... Y... y s'adressait au au maire du canton... du canton ou du canton voisin ça n'avait pas d'importance tout ça c'était des... c'était des morvandiaux. C'était des gens qui entre eux parlaient patois c'est qu'ils parlaient pas très... tellement bien le français et quand il leur disait de... de dire quelque ben ils étaient ennuyés c'est vrai ils savaient pas comment (rire) comment s'y prendre les pauvres, c'est vrai.

Yves CIVARD : Il comprenait pas l'patois du tout ?

André EMERY : Qui donc ?

Yves CIVARD : Mitterrand... il avait quand même une euh...

André EMERY : Oh il s'amusait... (incompréhensible) non il n'a jamais cherché à parler patois.

Madeleine EMERY : Oh j'crois qu'de toute façon il devait pas être doué pour les langues. A part pour le français (rire). Mais sans quoi c'était pas vraiment...

André EMERY : Non. Non non...

Madeleine EMERY : Mais c'est vrai qu'c'était pas du tout l'monsieur à qui on avait envie d'taper sur l'épaule ou d'taper sur l'ventre hein.

André EMERY : Oui oh ben pfft... ça dépend qui. Moi ça m'gênait pas d'y taper sur l'épaule. Sur l'ventre j'y ai jamais tapé sur le ventre...

Madeleine EMERY : Quand même...

André EMERY : Ça son ventre il est à lui, il est pas à moi... (rire).

Madeleine EMERY : (incompréhensible)... comme beaucoup et on s'embrasse et on s'tutoie et... Non c'était pas du tout le style.

André EMERY : Non lui il était pas... il était pas chaleureux si... si on peut dire...

Madeleine EMERY : Si il était chaleureux mais il était réservé.

André EMERY : Voilà.

Madeleine EMERY : Si il était chaleureux parce que quand il avait des amis qui étaient dans la peine ou... il était chaleureux mais il était très réservé. Ça j'pense que ça v'nait aussi d'son éducation sans doute.

André EMERY : Ça des amis il en avait... mais quand il s'était fait des... des amis c'était des vrais.

Madeleine EMERY : Oui il était très fidèle.

André EMERY : Il était très très fidèle oh là là ça... Fallait qu'ce soit réciproque pour que ça aille bien... ça c'est normal mais c'était comme ça. Euh... moi j'en ai r'tenu qu'c'était un grand bonhomme parce que c'était un type qui savait s'mettre à la portée de... de tout l'monde. Justement pour essayer d'comprendre les gens quoi. Même les cultivateurs qui parlaient pas tellement bien le français heu... même si... si on faisait les interprètes ben ça fait rien. J'lui disais " vous voyez pas qu'vous les agacez, vous les agacez en posant vos questions comme ça " (rire). Moi j'les obligeais... (incompréhensible)... ils aiment pas ça, c'est pas leur faute.

Sandrine DUMARAIS : Mais les gens d'ici heu qu'est-ce qu'ils ont pensé d'lui au début quand il est arrivé.

André EMERY : Oh ben... point d'interrogation hein, on s'est... c'était un élu comme euh... co-comme tous les autres hein... y v'nait... moi... moi l'premier hein. Je... j'suis v'nu faire connaissance avec lui... euh... puis là p'tit à p'tit ça ça j'a vu qu'j'avais pas à faire à un idiot déjà premièrement (rire) loin de là. Un type très... très... non seulement pas idiot mais très intelligent. Très... comprenant... euh... avec une rapidité j'ai... j'ai rarement vu ça hein. C'est là qu'on voit la fo... la force d'un gars hein. Et c'est... c'était pas rien qu'avec moi mais j'ai l'impression que quand il était avec des personnalités il pigeait très vite ce qu'ils voulaient dire et même s'ils ne l'disaient pas (rire). Non il était...

Sandrine DUMARAIS : Et politiquement alors quand il est arrivé ici il était euh radical hein...

André EMERY : Il n'a jamais parlé d'politique.

Sandrine DUMARAIS : (ils parlent en même temps) Non. Mais il était UDSR. Voilà UDSR...

André EMERY : Voui voui il était radical, UDRS si on veut mais tout ça... ça... ils vous parlait pas... quand on était à table, qu'on discutait ensemble c'était pas pareil, mais dans des réunions jamais il... il ne parlait politique, non non non. " c'est moi François Mitterrand j'suis (incompréhensible) j'suis... j'suis votre conseiller général, j'suis votre élu pour ceci pour cela, j'suis votre député, qu'est-ce que vous avez à m'dire et j'vous écoute " tout ça, c'était le seul moyen de de glacer les gens pour qu'ils ne lui disent rien, y répondent pas. Parce que il regardait il scrutait bien la... (rire). Là mon vieux c'était (rire)...

Sandrine DUMARAIS : Racontez-moi la première fois qu'vous l'avez vu vous, parce que...

Madeleine EMERY : Non (rire).

Sandrine DUMARAIS : Ah si allez c'est drôle... Ben c'est pas, c'est pas, c'est pas...

André EMERY : Non ben on savait pas qui c'était... (incompréhensible).

Madeleine EMERY : Non moi j'avoue qu'j'le connaissais pas... du tout et un beau jour il sonne, j'étais toute seule... Je l'accueille... Il m'demande euh à voir mon mari... voilà " il est absent " " Ah bon "... on bavarde un peu... de la pluie et du beau temps et il m'dit " ben vous lui direz que François Mitterrand est passé l'voir et qu'il aurait souhaité l'rencontrer, je r'viendrais d'ici quelques temps ". Et j'suis obligée d'avouer que il était pas bel homme parce qu'il a toujours été petit hein il a pas grandit euh mais il était beau garçon. Il était euh...

André EMERY : Oui il avait du charme.

Madeleine EMERY : Il était charmeur voilà. Il avait du charme. Et... très franchement j'suis obligée d'avouer...

André EMERY : Qu'il t'plaisait beaucoup.

Madeleine EMERY : Que j'lavais pris pour un représentant d'commerce, comme mon mari était négociant en vin j'l'avais pris pour un r'présentant (rire). J'étais fort surprise quand il m'a dit qu'c'était François Mitterrand (rire).

André EMERY : Ça peut arriver ça.

Madeleine EMERY : Ben oui.

André EMERY : Pour n'importe qui hein.

Sandrine DUMARAIS : Et heu est-ce qu'il s'est vraiment occupé d'la reconstruction ici ? oui...

André EMERY : Ah oui.

Sandrine DUMARAIS : En apportant des...

André EMERY : Oui oh oui oui... Il s'en occupait à chaque fois qu'il v'nait... c'ét... c'était not' not' discussion c'était notre objet discussion heu... si il... il a fallu avoir des... des logements des pour... les les gens étaient dans la rue quand tout avait brûlé ou presque hein tout alors il a fallu avoir des baraques et il a fall les obtenir et tout ça... c'était mon boulot moi... moi j'm'en chargeais. Chaque fois qu'y avait quelque chose qui clochait ben j'le disais à lui quoi. Il avait encore beaucoup plus d'poids que moi pour heu... parce qu'il était député. Et puis il connaissait heu l'préfet tout ça tous les préfets de... il les connaissait quoi...

Madeleine EMERY : Mais c'était vraiment un député actif.

André EMERY : Ah oui.

Madeleine EMERY : Y'avait plusieurs députés et... c'est l'seul qui ce soit vraiment attaché...

André EMERY : C'est c'est l'seul qu'on ait eu... les les autres... Moi j'étais socialiste j'faisais partie de... du parti socialiste on avait un député socialiste j'dirai pas l'nom...enfin c'est pas la peine et ben on l'a jamais vu... j'l'ai jamais vu... jamais vu ! Quand je l'voyais j'lui disais " mais ça... t'as t'as peur que quelqu'un te tombe sur la tête toi quand euh... qu'on n'te voit jamais " (incompréhensible). La différence...

Madeleine EMERY : Oui c'est une différence d'individus exactement...

André EMERY : Exactement.

Sandrine DUMARAIS : C'est pour ça à votre avis c'est... que les gens d'ici ont gardé... enfin à priori appréciaient Mitterrand et en ont gardé un bon souvenir ?

Madeleine EMERY : Oui.

André EMERY : Oh oui oui.

Sandrine DUMARAIS : Pour quelle raison ?

André EMERY : Oui.

Madeleine EMERY : Euh d'abord à cause de sa fidélité. De fait qu'il soit v'nu tous les ans, tous les ans, tous les ans. Il aurait p par exemple au moment où il a été élu Président de la République dire " bon ben mes fonctions font que j'peux plus m'déplacer énormément dans la Nièvre et y rev'nir tous les ans... " il est v'nu tous les ans.

André EMERY : Non y'avait... quand il a pas pu v'nir c'est arrivé trois fois...

Madeleine EMERY : Oui c'est sa femme qui est v'nue

André EMERY : C'est Danièle qui est v'nue euh...le remplacer. Oui c'est tout. Lui il était tout l'temps là. Puis ah non ça... les gens l'ont... l'ont apprécié et l'ont compris.

Madeleine EMERY : J'crois qu'cest sa fidélité qui a fait que les gens se sont attachés à lui comme ils s'y sont attachés.

André EMERY : Absolument. Non puis ils savaient que qu'il v'nait m'voir souvent et que qu'y m'rendait des services quoi les gens de de Dun ont compris tout de suite à qui ils avaient à faire quoi. Y'a pas eu d'problème.

Yves CIVARD : La dernière fois qu'il est v'nu à...

André EMERY : A Dun ?

Yves CIVARD : Oui. Vous vous souvenez ?

André EMERY : Oh oui... il était... y'a une photo d'ailleurs on l'a chez nous la photo...

Madeleine EMERY : Ben le 26 juin quatre-vingt...

André EMERY : Il tenait d'bout parce que c'était l'habitude hein...

Madeleine EMERY : ... quinze.

André EMERY : Hein ? Oui ben c'était c'est l'année où il est mort. Enfin puisqu'il est mort juste en hiver.

Sandrine DUMARAIS : Puis alors les campagnes électorales.

Madeleine EMERY : (rire)

André EMERY : Ohhhh... Ben ça c'était aut'chose ça les campagnes électorales.

Madeleine EMERY : (en riant) Ça y'en a qu'ont été épiques !

André EMERY : Oui... on a eu de des campagnes électorales absolument fantastiques ici. Au moment des... comment y s'appelaient là...

Madeleine EMERY : Les poujadistes.

André EMERY : (brouhaha) Des... des poujades. Alors mon vieux les... les poujadistes et tous les commerçants, oh pas tous, mais la plupart des commerçants étaient poujadistes hein. C'est pour ça on v'nait aux réunions... le soir on faisait un rempart devant lui, devant la tribune (il tousse) parce qu'ils l'auraient bouffé hein (il tousse). Absolument... ils... dans les yeux, les... les yeux ils lançaient des éclairs... ils étaient mauvais mon vieux mais c'était... c'était pas croyable de voir ça... Alors moi j'rentrais d'tournée parce que... j'étais commerçant, marchand d'vin fallait bien que... que j'gagne ma marchandise hein... mais enfin... Le soir elle me disait " pfft faut qu't'ailles ce soir à... tel endroit "... j'suis allé jusque d'l'autre côté d'Nevers à... enfin bon en dessous là à Saint-Pierre d'Moutiers... jusqu'à Saint-Pierre d'Moutiers, j'avais 100 km à... faire la journée... fallait qu'j'me change et qu'j'aille à Saint-Pierre d'Moutiers... Tous les soirs c'était pareil hein. Tous les soirs c'était... (incompréhensible)... y'a eu... une période là affreuse avec euh pfftt... heureusement qu'ça a pas duré hein. Voilà.

Sandrine DUMARAIS : En fait il vous a un peu fatigué avec les campagnes quoi.

André EMERY : Oh oui.

Sandrine DUMARAIS : C'était bien mais c'était... c'était un peu fatiguant non...

André EMERY : (brouhaha) Oh ben oui c'était fatiguant parce que... puis quand il s'mettait... si... si ils étaient nombreux à faire du bruit ben... ben y'avait pas d'raison on... on n'arrivait pas à s'entendre la... la réunion elle était... elle était terminée (incompréhensible) il savait... dominer quand même, il savait...

Madeleine EMERY : D'un calme heu...

André EMERY : D'un calme heu... il s'adressait à ceux qui gueulaient le plus... souvent il... il leur en imposait rien qu'par la parole et le regard. Mais y'en a toujours un qui l'regardait pas et il continuait d'gueuler quoi ! (rire)

Sandrine DUMARAIS : Et qu'est-ce qu'ils avaient après lui alors...

André EMERY : Les poujadistes ?

Sandrine DUMARAIS : Ouais.

André EMERY : Ben ils en avaient après tout l'monde ! Ils en avaient après l'gouvernement après... euh... toi t'as pas... toi t'es... t'étais gamine à c'moment là... t'as pas vécu ça... ça... les poujadistes... ça c'était... pour les comparer à l'heure actuelle ils se... c'est pas comparable d'ailleurs y'a rien. Y'a rien... c'est... c'était fou...

Madeleine EMERY : Ah dans l'comportement un peu les... les lepénistes quand même.

André EMERY : Oui oh... c'était pire oui même encore. Ils étaient plus nombreux. Puis partout ils étaient puis ils...si... s'ils v'naient dans une commune euh pfft y'avait tous tous les gars des des communes voisines qui v'naient hein y'a pas d'doute. Oh là là. Ça mon vieux. Et puis ils prenaient toujours les... les premiers rangs comme ça... (rire). C'était ben cerné la réunion. Parce que les réunions d'campagne comme ça même que ça soit un député, y'a 20-30 personnes ça... c'est l'bout d'un monde hein, des fois 40 ou 50 mais... c'est très rare ça. Faut être bien connu pour heu... pour arriver à... à amener 50 personnes avec soi.

Sandrine DUMARAIS : Et la défaite de 58 qu'est-ce que... est-ce que vous pouvez nous raconter comment ça s'est passé, et c'que vous en savez quoi... Qu'est-ce que vous aviez fait.

André EMERY : De quoi ?

Sandrine DUMARAIS : Quand il a perdu son mandat d'dé... son mandat d'député.

André EMERY : Oh ben son mandat d'député ça ça ça... Oui. J'étais un... j'étais un des rares, justement encore à... à lui dire à lui à lui " qu'est-ce que vous allez rester là au 2ème tour. Pour quoi faire ? " Moi j'é... j'étais totalement contre mais tous tous les copains " Ah ben du moment qu'il a décidé ça enfin... fallait ceci fallait cela "... moi j'ai dit " mon vieux vous êtes bien gentils. Mais si vous étiez capables de faire dans vot'commune ce que moi je vais faire ici, ici à Dun, et ben là j'crois qu'vous comprendrez ". Parce que il avait... il avait 52 voix ici au premier tour et au deuxième il en avait 100... j'ai fait plus que de doubler ses voix. J'étais l'seul dans l'département à... en gros si vous voulez... sur les journaux le... le lendemain de des élections. " Souvenez-vous... c'est mes copains socialistes qui... souvenez-vous " il a fait " pfftt oh y'a y'a... ".

Sandrine DUMARAIS : Qu'est-ce que vous aviez fait racont...

André EMERY : J'avais fait une bafouille, une lettre à chaque...

Madeleine EMERY : électeur

André EMERY : Electeur. En leur disant ce qu'il en était et... et tout, et puis qu'on avait un gars comme ça et qu'il... qu'y fallait pas l'laisser, fallait... j'sais pas comment j'avais tourné ça... enfin l'esprit c'était ça quoi... de la lettre. Ben ça avait tellement bien porté quand même que j'avais plus que doublé les voix. Tout ça ça c'est des trucs qui... qui comptent. Il s'en est bien rap'lé d'ça maintenant (incompréhensible) du reste hein. Non il savait qu'il pouvait compter... c'était la vérité... c'est que j'me sentais capable de... de lui apporter quelque chose. Ça a pas toujours été vrai mais enfin...

Sandrine DUMARAIS : Et alors est-ce que lui en contrepartie il vous a apporté quelque chose aussi. Qu'est-ce qu'il vous a apporté aussi.

Yves CIVARD : On va changer la cassette.

Credits

REA : CIVARD Yves ; DUMARAIS Sandrine

Mots clés

INTERVIEW; sonore

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