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Fiche Document : 99 01 04 04 - FERNAND MENNETREY

 

 
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Type RUSH
Collection Pathé (Pathé Productions)
Documentaire
Durée 00:00:00
Coul. son  
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Référence

99 01 04 04

Titre

FERNAND MENNETREY

Dates

Prise de vue : 05/11/1998

Résumé catalogue

Suite et fin interview de Fernand Mennetrey.

Résumé descriptif

Fernand MENNETREY : (sur MIL et MIR) C'est parce que je suis bavard que vous me poussez à...

Sandrine DUMARAIS et Yves CIVARD : (brouhaha)

Fernand MENNETREY : Mais c'est la vérité c'que j'vous dis, hein.

Sandrine DUMARAIS : C'est bon ? Vous pouvez nous raconter heu... parce que vous l'avez aidé ici à rencontrer des gens. Comment... comment ça s'est passé ?

Fernand MENNETREY : Bien sûr que j'y ai aidé à rencontrer euh, à rencontrer des gens. Heu pfft... j'voulais vous dire heu, que ça avait été facile de l'faire adopter. François Mitterrand. parce que d'abord il est... c'est un homme qui était très intelligent. Bon heu... qui voulait arriver, il en a donné la preuve, et, pour vous donner un exemple, je vous avais donné ce... hein... je vous l'avez prêté ce... cette feuille, qui est la couverture d'un opuscule qu'il avait fait pour les élections et c'était son premier mandat, il a compté son premier mandat de conseiller général, puisque c'était 1949, 1955. Et il a été élogieux pour tous les maires du canton. Il avait un p'tit passage pour chaque ... maire, très élogieux. Bon heu, ça vient tout seul. En ce qui concernait la commune d'Aligny, j'ai acheté un car scolaire, j'ai fait ramassage, nous avons... décidé de supprimer des écoles de hameaux pour faire le ramassage scolaire. Nous avons acheté un car neuf qui a coûté deux fois rien à la commune d'Aligny. Le heu... le car, il coûtait deux millions cent, nous sommes à l'époque des francs, des anciens francs et il a coûté cent mille francs anciens à la commune d'Aligny. C'qui n'était rien du tout. Et je vous ai donc prêté cette photo qui représente le jour de l'inauguration du car scolaire. Mitterrand, le conseil municipal d'Aligny en Morvan, le sous-préfet Eric Gaillet Borgelat, tout une suite... Et ben il était facile de dire après : " Voyez bon, c'est grâce à Mitterrand que le car n'a pas coûté cher. " C'était le... un argument parmi d'autres. Et puis ça occupait quand même. il nous réunissait souvent, il nous réunissait très souvent, à ce qu'il appelait des dîners ou des déjeuners-débats. Alors à ces déjeuners -débats, les dix maires du canton y assistaient. Et hum... il était pas question de politique là, on parlait que du travail qu'y avait à effectuer dans les communes, dans le canton d'Montsauche. Alors tout le monde heu, présentait ses besoins, y notait tout ça. Et... sss... souvent, y'avait... sss... y'avait, toujours un aboutissement. (il tousse). Je vous ai déjà dit, qu'il avait réussi à regrouper toutes les communes du canton d'Montsauche, tous les maires du canton autour de ces déjeuners et dîners débat où il était beaucoup discuté de travail, de travaux e effectuer dans les communes.

Sandrine DUMARAIS : Mais est-ce qu'il était très présent ici ?

Fernand MENNETREY : Of. Pfft. Très, on peut pas dire très, il a toujours été de ??? à Paris en tant que ministre, y v'nait quand même assez souvent. Y v'nait plus souvent quand il était conseiller général d'Montsauche que quand il a été par exemple, maire de Château-Chinon. Mais y v'nait quand même, on s'voyait quand même. Quand il est parti à Chateau-Chinon. On a dit : " Bon ben vous nous quittez maintenant "Y dit : " Non ". Y dit : " J'suis avec vous la même chose qu'avant, ??? avant ".

Sandrine DUMARAIS : Et qu'est-ce que vous en avez pensé vous, quand il est parti, s'présenter à Château justement.

Fernand MENNETREY : Ben, on a dit : " c'est un petit peu l'abandon du canton d'Montsauche ". C'qui n'a pas été, c'était pas vrai. Il a pas abandonné l'canton de Montsauche pour autant. On a eu toujours les mêmes rapports, les mêmes liens heu. Peut-être que du fait qu'il était maire de Château-Chinon, qu'il était plus enclin à faire des travaux sur Château-Chinon, dont il était le premier magistrat, que dans les communes du canton d'Montsauche, mais enfin, pfft... Mais le...le... les portes étaient ouvertes, il nous avait ouvert les portes de la sous-préfecture, de la préfecture. Au début, au début, de l'ère Mitterrand, avant l'ère Mitterrand, jamais la commune d'Aligny n'avait eu un préfet, c'était une exception. N'avait jamais vu, le sous-préfet ne venait jamais à Aligny, alors que ensuite y'a eu des contacts plus, comment dirais-je... plus facile, avec la Préfecture et avec la sous-préfecture.

Sandrine DUMARAIS : Et dans quel état était justement la région et le canton quand il est arrivé ?

Fernand MENNETREY : Hein ben, heu pfft... l'canton était en 1948 par exemple, en 1949, y avait j'vous dis, les dégâts d'la guerre. Y'avait les dégâts d'la guerre et y'avait des tas d'travaux à effectuer, y'avait pas d'route de goudronnées et la commune d'Aligny, j'prends celle-là parce que c'était la mienne, y'avait pas une route goudronnée dans la commune d'Aligny. C'était des routes en terre, en pierre, en pierriers mais pas d'goudron, y'avait qu'la route départementale, heu Mon... Montsauche-Saulieu qui était goudronnée. (il tousse)

Sandrine DUMARAIS : Et ça...

Fernand MENNETREY : Y'avait pas d'adduction d'eau. Y'avait aucune adduction d'eau. Dans certaines communes y'avait pas d'électricité. A Saint-Agnan, il le disait souvent : " Les premières réunions électorales que j'ai faites à Saint-Agnan, c'était à la lueur d'une lampe acétylène ". Ca c'était... bon, il a électri... il a fait électrifier tout le canton puisqu'il est devenu président du syndicat d'électrifi... d'électricité de la Nièvre. Eu pfft. Vous dire tout c'qui a vite fait... adduction d'eau c'est pareil, adduction d'eau... Y'avait, y'avait aucune commune qui avait adduction d'eau, moi j'ai bénéficié de... j'ai mis vingt ans pour amener l'eau dans toute... sur tous les éviers d'Aligny. Heu pfft... On a fait ça avec des programmes départementaux de vingt millions d'anciens francs, avec 8 millions d'subvention et 12 millions la commune sortait de... ses poches, on peut dire. C'est bien ça hein.

Sandrine DUMARAIS : Et comment vous expliquez son attachement au Morvan ?

Fernand MENNETREY : J'sais pas, j's'rais pas expliquer comment il s'est attaché... Y s'est, est-ce qui s'est attaché au Morvan et aux hommes. Plus aux hommes qu'au Morvan et plus au Morvan qu'aux hommes... J'saurais pas dire hein... heu... Il aimait bien les contacts, il aimait bien la nature, c'était un amoureux d'la nature. Il lui arrivait d'faire des... de s'faire déposer par son chauffeur et puis de... d'aller à travers champs ou à travers bois dans un bourg, pas... à de... à des dizaines de kilomètres mais enfin. Il aimait marcher, il aimait très..., il aimait bien marcher et il marchait très vite. C'était un marcheur.

Sandrine DUMARAIS : Et lors de balades avec... avec lui, est-ce qu'il vous demandait... vous en profitiez pour discuter, heu, il vous parle..., il vous demandait des conseils sur la région, la politique, sur tout ça ?

Fernand MENNETREY : On n'a ps... pas beaucoup de... on faisait pas... on parlait pas beaucoup politique. Un petit peu quand même... mais enfin bon pfft... on parlait surtout de... on allait visiter des, des... exploitants agricoles, bon ben, y s'intéressait beaucoup à c'qui s'fait, à c'qui leur manquait, à c'qu'il aurait fallu faire pour que ça aille mieux. Heu pfft...

Sandrine DUMARAIS : Mais c'était un intérêt sincère ou c'était un intérêt d'élu ?

Fernand MENNETREY : Non j'pense qu'il était sincère. J'pense qu'il était sincère. C'était un homme sincère. C'était un homme fidèle. Il était fidèle, on peut pas lui enlever ça, hein. La preuve, la fidélité, on la r'trouve dans toutes ses cartes, il fallait bien quand-même... je m'demande pourquoi il nous envoyait des cartes postales. On peut s'poser la question. Pourquoi plus aux uns qu'aux autres. J'en sais rien. C'est pas à moi d'vous l'dire, j'peux pas vous l'dire. Y'en a quand même des autres qui en ont eu des cartes postales, parmi les anciens maires, parmi.. (il tousse) j'sais pas. Y'avait quand même un attachement. Quand il était à... je n'sais où, au Japon ou ailleurs... heu, penser d'envoyer une carte postale à Fernand Mennetrey, à Camille Marchand ou à d'autre Jackie Rentaud, bon fallait quand même y penser.

Sandrine DUMARAIS : Mais pourquoi justement, c'était pour vous remercier ? C'était pourquoi ? Parce que vous étiez amis ? Parce que...

Fernand MENNETREY : Oui, on était, on était devenus amis. Quand nous, quand y nous écrivait, ses lettres c'était toujours " Cher ami ". Y commençait toujours ses lettres comme ça. Mais pas les cartes postales, les cartes postales bon y'avait deux mots pour heu... mais y'avait quand même la pensée. Y'avait une pensée qui était là. Les terres c'était toujours " Cher ami ".

Sandrine DUMARAIS : Et vous, vous avez suivi des campagnes électorales ou...

Fernand MENNETREY : Non. Moi, j'me déplaçais pas beaucoup. non pas par adversité. Mais parce que j'me déplaçais pas, j'avais pas les moyens d'abord de... de financer les campagnes électorales comme certains l'ont fait, y'en a qu'ont financé. Moi j'avais pas les moyens de... j'suis pas un financier. J'n'étais pas et j'ne suis pas.

Sandrine DUMARAIS : Il avait besoin qu'on l'finance ici ?

Fernand MENNETREY : Comment ?

Sandrine DUMARAIS : Il avait besoin ici qu'on finance ses campagnes ?

Fernand MENNETREY : Tous les candidats en ont besoin.

Sandrine DUMARAIS : Mais...

Fernand MENNETREY : J'sais pas si lui avait un besoin tout à fait particulier mais fallait bien que quelqu'un le finance quand même.

Sandrine DUMARAIS : Ben c'était surtout des... Mais qui le finançait alors ?

Fernand MENNETREY : A ben écoutez moi j'sais pas ça hein, hein... vous rentrez là un p'tit peu dans le... Moi je... je n'ai jamais pénétré dans le financement des campagnes électorales. y m'a jamais sollicité non plus.

Sandrine DUMARAIS : Est-ce que vous vous souvenez en 58 quand il a perdu son poste de député

Fernand MENNETREY : Qui c'est qui l'a battu ? J'me souviens pas.

Sandrine DUMARAIS : Heu, c'est... alors oui... c'est quand Benoît s'est présenté contre lui et c'est Folquier, le candidat de..., Folquier...

Fernand MENNETREY : C'est Folquier qui a été élu !

Sandrine DUMARAIS : Voilà qui a été élu.

Fernand MENNETREY : Ben oui, ben Benoît c'est un socialiste aussi. Pourquoi qu'y s'présenterait contre Mitterrand qui était tendance socialiste à l'époque aussi.

Sandrine DUMARAIS : Et vous vous souvenez cette élection ?

Fernand MENNETREY : Pas spécialement non.

Sandrine DUMARAIS : Non ?

Fernand MENNETREY : C'est Folquier qui a été élu ?

Sandrine DUMARAIS : Oui.

Fernand MENNETREY : En quelle année ?

Sandrine DUMARAIS : 58.

Fernand MENNETREY : Ah oui.

Sandrine DUMARAIS : Et...

Fernand MENNETREY : Pas d'souvenirs précis là-dessus.

Sandrine DUMARAIS : En en quatre... et alors les élections présidentielles... élections d'65, quand il a mis de Gaulle en ballottage. Comment ça a été perçu ici ?

Fernand MENNETREY : Ah, ben ça a été perçu quand même comme une heu... c'était quand-même un homme... de Gaulle c'était quand même une figure... une figure, un homme... pour avoir mis de Gaulle en ballottage.... fallait quand même quelqu'un de... de solide. si on peut dire. Ca été r'senti... C'est... C'est r'senti différemment, ça dépend de l'opinion de chacun. de Gaulle était quand même estimé hein, heu... De Gaulle c'était l'homme de la libération. C'était... bon... il était quand même estimé de Gaulle.

Sandrine DUMARAIS : Mais vous savez...

Fernand MENNETREY : Ca... ça été l'époque où il a écrit " Le coup d'état permanent ". C'est pas c't'époque là ? Y m'semble que c'est à c't'époque là.

Sandrine DUMARAIS : Mais les gens d'ici, ils aim... ils étaient aussi attachés à de Gaulle j'suppose. Non ?...... Non.

Fernand MENNETREY : Y'en a oui.

Sandrine DUMARAIS : Est-ce que...

Fernand MENNETREY : C'était partagé. Les gens d'ici, les p'tits paysans morvandiaux, ils sont... ils étaient loin, y sont pfft... Y z'étaient loin d'la politique. Y z'étaient loin de... on votait... Ca pouvait s'décider comment qu'j'pourrais vous expliquer ça. Ca pouvait s'décider d'faire voter quelqu'un avec euh... autour d'une table, en discutant avec lui... Y votait pour l'un... en arrivant et en r'partant y votait pour l'autre c'était, ça dépend d'l'influence d'la personne qui le ... le cuisinait.

Sandrine DUMARAIS : Et alors en... les élections d'81. Vous étiez où ? Et dans quelles circonstances vous avez appris sa victoire en 81 ?

Fernand MENNETREY : Ah ben, j'l'ai appris d'vant l'poste de télévision. Quand on a vu que la figure de Mitterrand s'dessinait sur l'écran, on s'est dit : " Bon ben ça y est ! ". J'ai téléphoné... Ca y est, ça y est. On disait : " Ca y est, ça y est ". Voyez, l'état d'esprit qu'on pouvait avoir, hein.

Sandrine DUMARAIS : Vous étiez content ! ?

Fernand MENNETREY : Bien sûr.

Sandrine DUMARAIS : Et heu. Est-ce que vous pensez que les gens d'ici gardent heu... Quels souvenirs, les gens d'ici gardent de Mitterrand ?

Fernand MENNETREY : Oh, quand-même, ils en gardent le souvenir, le souvenir d'un... d'un homme d'état. D'un homme d'état hein. Heu pfft... d'un homme influent c'était qualité, fidèle. Intelligent, très intelligent, ça... ça...ça... ça s'accommode bien.

Sandrine DUMARAIS : Mais y v'nait souvent ici ? Non. Est-ce qu'il est souvent v'nu chez vous j'crois.

Fernand MENNETREY : Oh, il est v'nu... oh pas souvent, non, quand même. 2, 3 ou 4 fois... Bon, heu, y pouvait pas aller chez tout l'monde, c'était pas possible. quand il a été maire de Château-Chinon, il allait à Chateau-Chinon. Au vieux Morvan. Quand il était conseiller général de Montsauche, il allait à Montsauche chez Philipeau, chez l'maire de l'époque. C'était surtout... il allait chez Camille de temps en temps aussi, mais y'avait pas...

Sandrine DUMARAIS : Et... moi y'a quelqu'un qui m'a dit que... qu'il aimait bien... pendant qu'il était pré... après 81, demander des conseils aux morvandiaux. Parce que, c'était des gens qui lui répondaient franchement, qui lui disaient les choses clairement, quoi. Alors, je sais pas si c'est vrai ou pas. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Fernand MENNETREY : Peut être oui.

Sandrine DUMARAIS : Est-ce que ça vous est arrivé .

Fernand MENNETREY : Non. J'me souviens pas. Non.

Sandrine DUMARAIS : Et a... comment vous avez gardé le contact avec lui après 81 ?

Fernand MENNETREY : Oh, ben, le... pour le... pour le jour de l'an, pour... lui envoyer une carte quand on a su qu'il était malade heu... prompt rétablissement quand il a été opéré. C'est tout hein... Camille lui a envoyé une carte pour son anniversaire. Moi... moi j'l'ai pas fait, p't'être que j'aurais dû l'faire, mais heu...

Sandrine DUMARAIS : Bon... et après le dîner, vous avez... Est-ce que vous pouvez nous raconter le jour du 21 mai, le jour de l'investiture ? est-c'que vous pouvez nous raconter cet...

Fernand MENNETREY : Le 21 mai 194.. 1981. Ah oui, ben... Nous sommes partis d'Château-Chinon, un car complet, le conseil municipal de Château-Chinon et les dix maires du Canton d'Montsauche. Madame Tuilliers, qui était... conseiller général à l'époque. et nous sommes arrivés à l'Elysée au moment où... où Giscard sortait. Giscard est sorti à pied d'l'é... de l'Elysée, du palais de l'Elysée. Et hué par la foule... les...les gens sont quand même... dans des, dans des circonstances semblables, j'ai trouvé que les gens étaient quand même méchants. Sans prendre parti pour Giscard. mais... la foule l'a hué. Nous sommes rentrés, bon ça a été terminé pour nous, nous sommes rentrés, nous avons été accueillis dans le... la salle des fêtes de l'Elysée. Vous y êtes allés certainement. Et... pfft... nous avons attendu que... les discours de... C'était Poher je crois qui faisait fonction de Président d'la république à l'époque entre les deux, non, y'm'semble. Oui, Alain Poher. Et... y'a eu l'installation du président d'la république, il a fait un discours... Prrt (il lève le pouce vers le haut = très bien) magnifique Mitterrand heu... Et de là nous sommes allés, nous sommes partis avec notre car sur les Champs Elysées. Bon ben c'était exactement la même chose pour François Mitterrand. Et... la... la foule la plus dense que j'ai trouvé c'était au Panthéon. Là c'était le... c'était le... la, la, la cohue. Il est entré au Panthéon avec la rose. Et puis bon, ça été terminé après pour nous. Nous avons repris l'car et nous sommes revenus, encadrés par des motards pour nous sortir de Paris. Nous sommes revenus... Les uns à Aligny, les autres à Gouloux, les autres à Château-Chinon. Voilà comment ça s'est passé. Mais c'était un grand jour pour nous.

Sandrine DUMARAIS : Est-ce que c'est important pour vous... heu... de... est-ce que ça a changé quelque chose pour vous, d'avoir connu François Mitterrand ?

Fernand MENNETREY : Ah oui ! Ca a changé oui. Pfft... Ca m'a permis de... de l'apprécier de... de connaître des hommes qui... qui ont des pouvoirs, qui ont du pouvoir. Un intellectuel, c'était certainement un intellectuel. Et qui... tout en étant... tout en étant très haut... situé, ne négligeait pas la base. Voyez, il avait toujours ce... c'est pas une opposition, j'dirais, mais enfin y'avait toujours ce quelque chose qui l'r'am'nait à la base.

Sandrine DUMARAIS : Et son rapport avec la terre ? Quel était son rapport avec la terre d'ici et la terre en général ?

Fernand MENNETREY : Pense que il était pas, il était pas hostile à la terre. Il s'intéressait bien... Quand j'l'ai... quand j'l'ai promené dans la commune d'Aligny il s'intéressait à c'que les paysans f'saient, à ce qu'ils récoltaient, à leur bétail, à des tas de choses qu'il leur demandait.

Sandrine DUMARAIS : Parce que on... y'a beaucoup d'gens qui disent qu'au fond c'était un homme de la terre, au fond, pas un homme de la ville. Parce qu'il disait...

Fernand MENNETREY : ??? Quand il v'nait là, y m'disait : " voyez, y m'disait, j'ai mon grand-père, c'était pareil que chez vous ". Son grand-père ça devait être son grand-père de Jarnac certainement. J'sais pas si c'était le... Y m'disait souvent. Y m'disait ça quand il venait là. Quand il était ???, quand il était ici, il était pas distant, il était pas distant. Il avait un rang à t'nir, quand il était, naturellement, quand il était à l'Elysée ou ailleurs ou... il savait... il savait t'nir sa place. C'était... il aura, sa place il l'a bien gagné, il l'aura. Il l'aura dans les encyclopédies dans l'dictionnaire dans le... dans l'Larousse, dans l'Petit Robert, dans tout ce que vous voudrez mais il aura sa place là.

Sandrine DUMARAIS : Et puis dans l'coeur de morvandiaux aussi.

Fernand MENNETREY : Bien sûr... Bien sûr. Les morvandiaux sont fidèles, il le disait souvent. Quand... quand y m'a r'mis la... Quand y m'a remis le mérite, l'ordre national du mérite heu je lui ai fait un... j'ai fais un p'tit laïus pas long et... c'était oh... c'était en 82 y'a... y'avait un an qu'il avait été élu président de la république... et j'me souviens j'ai dit dans mon allocution... j'ai dit : " Nous ferons de notre mieux pour apporter notre pierre... à l'édifice. Nous savons qu'elle est de petite dimension... mais elle est de granit. C'est un matériau solide qui résiste au temps, aux intempéries et aux tempêtes, fidèle comme l'amitié des morvandiaux que vous avez su conquérir ". Voilà... on terminera comme ça. voilà ce que j'lui ai dit.

Yves CIVARD : Alors le côté intime de Mitterrand, vous parliez donc d'ici il était quand même beaucoup plus à l'aise qu'à l'Elysée.

Fernand MENNETREY : Oui bien sûr.

Yves CIVARD : Vous l'avez connu un p'tit peu. Alors on a dit beaucoup de choses sur lui, le séducteur par exemple que... il était...

Fernand MENNETREY : Oh... Là... Là j'me lance pas là d'dans hein... euh... J'l'ai jamais connu comme séducteur hein !

Yves CIVARD : Il aimait les femmes...

Fernand MENNETREY : Ca s'disait, ça s'disait... Ca s'disait. La preuve c'est qu'y a eu Mazarine. Bon vous voulez m'faire parler, vous voulez m'faire dire Mazarine. Et ben Mazarine j'ai dit l'autre jour à ?? c'que j'en pensais. J'ai dit que la famille avait accepté Mazarine... par conséquent que y... pffft... personne d'autre n'avait quelque chose à dire là dessus. Et j'ai dit : " ainsi soit-il ". J'me souviens de ça.

Yves CIVARD : Ben y'a des p'ites choses comme ça, on disait aussi qu'il était un peu menu du porte-monnaie, qu'il était un peu difficile à...

Fernand MENNETREY : Du côté du porte-monnaie .

Yves CIVARD : Vous disiez l'autre jour, une expression j'me souviens plus...

Fernand MENNETREY : J'me souviens pas...

Yves CIVARD : Un hérisson dans l'porte-monnaie...

Fernand MENNETREY : Mitterrand ?

Yves CIVARD : C'est pas vous ?

Fernand MENNETREY : Ah non, c'est pas moi. Si j'ai dit ça ?

Sandrine DUMARAIS : Non non non.

Yves CIVARD : Ah j'croyais c'était...

Sandrine DUMARAIS : Non non

Fernand MENNETREY : Non non non.

Yves CIVARD : Et vous aviez entendu parler quand même... non pas spécialement...

Fernand MENNETREY : De ça ?

Yves CIVARD : De c't'aspect là ouais ouais...

Fernand MENNETREY : Non non

Yves CIVARD : Du tout du tout...

Fernand MENNETREY : Non non non.

Sandrine DUMARAIS : Moi j'trouvais, vous m'aviez raconté heu... Bon vous vous avez été prisonnier, vous avez connu l'occupation, vous avez connu le régime de Vichy, et euh quand on avait parlé d'la francisque, vous m'aviez parlé vous de... Parce que bon y'avait la francisque, y'a beaucoup de gens qui l'ont attaqué là-dessus...

Fernand MENNETREY : Oui bien sûr.

Sandrine DUMARAIS : Et euh... vous vous aviez toute une euh... D'abord vous avez vécu... est-ce que vous pouvez nous éclairer de votre expérience là-dessus ?

Fernand MENNETREY : Sur le la... oui sur Vichy ?

Sandrine DUMARAIS : Oui

Fernand MENNETREY : Sur Vichy ? Bon euh j'ai dit l'autre jour et je le répète, j'ai dit que... il fallait quelqu'un pour signer l'armistice hein. Heu ça a été Pétain qui a signé l'armistice. Si y'avait pas eu Pétain, y'en aurait eu un autre certainement. qui aurait été obligé de s'mouiller. Mais Pétain a... Est p't'être allé trop loin hein. heu vous savez les... en 1943... euh les français... ne savaient pas qui allait gagner la guerre. Pétain heu... Pétain il était déjà âgé, bon il aurait été remplacé, par qui, bon je n'sais pas. Mais euh... on aurait eu, on aurait eu certainement... euh Vichy était en place. Vichy c'était quand même... Y a eu... Y a eu le... Y'a eu tout c'qui... comment voulez-vous qu'on r'vienne là-dessus ? y a eu les... l'histoire... Y'a eu les juifs, y'a eu les déportés... Y a eu les...pfft... C'est inexplicable cinquante ans après. Cinquante ans... Ca fait plus d'cinquante ans.

Sandrine DUMARAIS : Et... Vous m'avez raconté une fois dans le... Que vous-même en temps que prisonnier... Vous aviez une bonne opinion finalement du régime de Vichy...

Fernand MENNETREY : Ben l'régime de Vichy c'est l'premier... les premiers colis que nous avons r'çu en Allemagne hein c'était Vichy qui nous les envoyait. hein le premier arbre de Noël que nous avons... mis dans notre... dans notre commando y'avait la photo du Maréchal Pétain au milieu. Et nous étions abreuvés par le journal qui était destiné aux anciens prison... aux prisonniers de guerre qui s'appelait le Trait-d'Union. Et vous naturellement oh non... Ca n'a pas duré. On a eu vite fait de renverser la vapeur.

Sandrine DUMARAIS : Et à votre avis qu'est-ce qu'il a apporté au Morvan alors ?

Fernand MENNETREY : Pétain ?

Sandrine DUMARAIS : Non...

Fernand MENNETREY : Mitterrand ?

Sandrine DUMARAIS : J'changeais d'sujet. Je changeais de sujet. Qu'est-ce que Mitterrand a apporté au Morvan ?

Fernand MENNETREY : Il a apporté une év... une évolution... Une évolution pffft... appréciable. Evolution dans les... matérielle... intellectuelle...

Sandrine DUMARAIS : Et quelles traces est-ce qu'il laisse ici ?

Fernand MENNETREY : Oh ben une trace... il laisse une trace euh quand même une opinion agréable hein si c'est l'opinion que vous voulez dire par la trace. Il laisse une opinion favorable j'veux dire par agréable, favorable. Oh oui dans l'ensemble. Les peuples critiquent toujours les gouvernements en place hein. Bon au temps de Mitterrand c'était pas comme ça maint'nant c'est aut'chose, demain y'aura aut'chose, hein le peuple euh... (rire) Quand y'a quelque chose qui va pas dans une nation c'est toujours la faute du gouvernement en place.

Yves CIVARD : Y'avait la question aussi de gauche et de droite, est-ce qu'on en a parlé de ça. Donc euh... est-ce qu'à votre avis c'était quelqu'un de gauche, de vraiment de gauche ? Parce que quand il est arrivé ici...

Fernand MENNETREY : Mitterrand ?

Yves CIVARD : Oui.

Fernand MENNETREY : Ben Mitterrand y'a beaucoup de gens qui disaient bon... y... maintenant y a des gens y disent c'est l'Morvan qui l'a fait v'nir à gauche. Ca voulait donc dire qu'il était à droite avant hein. Il avait été élevé dans une famille bourgeoise il avait été à l'école vers les frères je crois. Bon certainement que il n'avait pas une... une éducation communiste s'il était vers les frères hein vous heu... bon. Sans... sans avoir de penchant d'un côté ou de l'autre. Alors bon il est d'venu socialiste. Quand même la gauche ouais.

Yves CIVARD : Est-ce que c'est l'contact...

Fernand MENNETREY : Il a fait le... il a fait le...il, il a fait l'accord avec euh... le parti... le comment ça s'est appelé... le... c'est pas l'front populaire mais enfin... il a... mis les communistes... euh... ça s'appelle comment allons aidez-moi.

Sandrine DUMARAIS : l'Union de la gauche.

Fernand MENNETREY : L'Union d'la gauche voilà. Il a fait l'Union de la gauche bon. Il a combattit l'parti communiste, il l'a dit, il l'a dit souvent, il a dit : " J'ai comba... combattu l'parti communiste ".

Sandrine DUMARAIS : Mais qu'est-ce qui l'a poussé à gauche à votre avis ?

Fernand MENNETREY : Ah ben... Est-ce que c'est... est-ce que c'est l'milieu dans l'quel il était ? Ou est-ce que... il avait des chances d'arriver au sommet par la gauche plus que par la droite hein. La preuve c'est qu'il y est arrivé.

Yves CIVARD : Donc y'avait quand même une part d'opportunisme de, de stratégie politique...

Fernand MENNETREY : Y'avait une stratégie politique parce que c'était un fin politicien hein. Il a su...
(chuchotements)

Fernand MENNETREY : Il est arrivé président de la république bon ben, il fallait y arriver déjà hein, dans les circonstances dans lesquelles il est passé.

Sandrine DUMARAIS : Mais malgré tout son attachement aux gens d'ici était quand même sincère.

Fernand MENNETREY : Ben bien sûr. Bien sûr. J'en n'ai jamais douté, puis l'attachement des gens d'ici était sincère aussi. Il avait pas l'unanimité, personne ne peut avoir l'unanimité ça n'existe pas. Mais les gens qui étaient avec lui étaient sincères. la preuve, vous les entendez les uns après les autres.

Yves CIVARD : Y'avait la fameuse anecdote de la chasse aux loups, vous la racontiez hier...

Sandrine DUMARAIS : Ah ! Vous vous la racontez bien vous !
(rires)

Fernand MENNETREY : (incompréhensible)

Sandrine DUMARAIS : Non non il l'a pas raconté...

Yves CIVARD : Alors qu'est-ce que c'était finalement cette chasse aux loups ?

Fernand MENNETREY : Ben ça... ça s'passait sur le territoire de la commune de... Ca s'passait sur le territoire de la commune de Gouloux. Camille Marchand était mieux placé que moi pour vous raconter la chasse aux loups. Soit disant qu'y avait eu des loups pfft en Alsace, je n'sais où... bon, heu pfft... les chasseurs de Gouloux s'ét... avaient organisé une battue, sans en parler au maire. parce que c'est l'maire qui doit autoriser, donner l'autorisation pour une battue. Bon. Tout l'monde était parti en campagne contre les loups, ou plutôt contre les r'nards, si ils avaient trouvé un lièvre (rire), peut être que... y'avait l'loup aussi. Enfin bref, y'a un coup d'feu qui est parti. En traversant une haie heu, bon... y'a eu ... un mort. Un des chasseurs a été... tué. Bon. Ce chasseur là, il laissait une veuve.. un ou deux enfants, je n'sais plus. Peu importe. Alors, naturellement euh pfft... Y'a eu toute une... une... toute une histoire autour de cette chasse aux loups et d'autant plus qu'y avait une victime. Et la veuve, la veuve... a été conseillée et a demandé, elle a été conseillée... Dans un certain temps le maire de l'époque, il voulait, il voulait faire marier la veuve avec heu... le chasseur qui avait tiré un coup d'fusil. ca n'a pas marché. et la veuve a porté plainte et a demandé à la commune de Gouloux de lui verser une indemnité de... six, sept millions à l'époque, je crois. Et, c'est à l'époque où Camille Marchand est d'venu maire de Gouloux. Il est arrivé en plein dans le... dans la bataille. Avec une dette qui était, qui r'présentait cinq ou six budgets d'la commune de Gouloux. Et... naturellement il s'est adressé à François Mitterrand en lui disant : " Bon, heu... qu'est-c'qui faut que j'fasse. mais j'vais démissionner moi, j'peux pas rester... maire, avec une... un fardeau pareil ". Et Mitterrand s'en est occupé. Et... Mitterrand a donné une subvention à la commune de Gouloux. Mitterrand l'racontait lui-même, il disait... il était ministre de l'intérieur. A l'époque il avait des crédits pour les catastrophes naturelles. Alors y dit... l'accident d'Gouloux... la chasse aux loups s'est transformée en catastrophe naturelle. (rire)

Yves CIVARD : Et ça s'est une anecdote qu'il aimait bien raconter ?

Fernand MENNETREY : Comment ?

Yves CIVARD : C'est une anecdote.

Fernand MENNETREY : Ah oui, quand on... quand on lui parlait d'ça, tout d'suite y...

Yves CIVARD : Il en avait plusieurs des anecdotes comme cette histoire...

Fernand MENNETREY : Ah ben... j'me souviens pas... j'me souviens pas non plus de ... tout c'qui...

Yves CIVARD : Parce qu'il parlait pas quand même que d'politique ? il avait quand même...

Fernand MENNETREY : On parlais ja... on parlait jamais de politique, quand il était là...

Yves CIVARD : Oui, oui, oui, oui... on parlait de, de, de, des histoires comme tout l'monde...

Fernand MENNETREY : Mais oui, mais oui, mais oui... on parlait de... de tout sauf de la politique. De la grande politique. J'vous parle pas qu'y avait pas des... des séances de politique entre heu... d'une commune à l'autre au moment des élections municipales ou des trucs comme ça. Ou untel, ou untel, est-c'qui va repasser ou pas... c'était pas d'la haute... d'la grande politique ça.

Yves CIVARD : D'accord. J'crois qu'on a fait un p'tit peu l'tour d'la question. hein, oui, oui, oui, on a posé à peu près toutes les...

Générique

REA : CIVARD Yves ; DUMARAIS Sandrine

Mots clés

INTERVIEW; PCF; sonore

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