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Fiche Document : 99 01 04 01 - CAMILLE ET THERESE MARCHAND

 

 
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Type RUSH
Collection Pathé (Pathé Productions)
Documentaire
Durée 00:00:00
Coul. son  
Droits Interview non exploitable commercialement sans autorisation des intéressés. Privé
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Référence

99 01 04 01

Titre

CAMILLE ET THERESE MARCHAND

Dates

Prise de vue : 05/11/1998

Résumé catalogue

Interview de Camille et Thérèse Marchand dans leur cuisine.

Résumé descriptif

Sandrine Dumarais : Est-ce que vous pouvez me raconter, Camille, dans quelle circonstance vous avez rencontré François Mitterrand ?

Camille Marchand : Et ben voyez-vous, c'est spécial parce que mon beau-père avait un petit café et puis... y'avait 2-3 tables quoi, c'était pas grand et puis le docteur Roclo de Saulieu qui était mon médecin me l'a présenté en me disant " tiens voilà un homme qui pourrait venir dans notre secteur ". Et évidemment à cette époque là, on avait eu des gens que euh... qu'on connaissait à peine et puis qui venaient jamais alors que j'ai dit celui-là va peut-être changer un peu la situation quoi.Euh... et je m'étais pas trompé parce que chaque fois qu'il venait dans le pays il allait voir les gens qui étaient dans les champs ou dans les prés pour travailler, pour leur demander ce qui allait puis ce qui n'allait pas.

Sandrine Dumarais : Et alors, les gens d'ici qu'est-ce qu'ils en ont pensé de cette arrivée ?

Camille Marchand : Et ben les gens d'ici évidemment quand il s'est présenté euh... ils ont voté pour lui parce qu'ils voulaient un peu du nouveau quoi. Et puis c'est un homme qui savait bien parler évidemment.

Sandrine Dumarais : Et vous pensez que du nouveau y'en a eu ?

Camille Marchand : Ah ben oui, parce que ce qu'il y a eu c'est que il s'est occupé de notre secteur. Peut être il aurait pu faire encore d'avantage si... étant Président de la République , mais enfin, nos routes ont été réparées euh...

Sandrine Dumarais : Dans quel état était le Morvan quand il est arrivé ?

Camille Marchand : Le Morvan... c'était pas beau, c'est sûr. Les routes étaient pas en bon état et puis (il tousse) Y'a une chose certaine euh y'avait pas de pancartes pour signaler les présences des pays-ci ou des pays-là et... il est passé... je me rappelle qu'il est passé une nuit dans sa voiture ne sachant pas où il allait. (rires) C'est le matin quand il s'est réveillé, bon, il a retrouvé le chemin qu'il cherchait quoi.

Yves Civard : C'était dans quel euh...

Camille Marchand : Oh dans le secteur, par là.

Yves Civard : Vous vous souvenez précisément où c'était ?

Camille Marchand : Euh... la date non... parce que ce qui me manque c'est...

Sandrine Dumarais : Et vous madame, comment vous avez appréhendé l'arrivée de Mitterrand ?

Madame Marchand : Il faut que tu parles fort parce que j'entends pas bien moi.

Sandrine Dumarais : Vous l'appréciez beaucoup Mitterrand quand il est arrivé ici ?

Madame Marchand : Oui oui il était très sympathique. Il était très sympathique, très simple. Chaque fois il venait voir les enfants il discutait avec Bernadette là, il discutait... Quand on l'invitait. On l'a pas trop eu ici mais là-bas, avant qu'il soit Président de la République quoi. Alors il venait quand même assez souvent comme il était au Conseil Général alors on le voyait souvent. Je trouvais que c'était quand même un homme très simple quand même oh oui.

Sandrine Dumarais : Et Camille a commencé, vous avez commencé à faire les campagnes avec lui. Comment ça se passait les campagnes électorales ?

Camille Marchand : Et ben les campagnes je le suivais parce que c'était ma présence il fallait qu'il y ait du monde derrière lui sans ça... Et puis j'avais un copain qui était le maire de Monsauge là, Philippot, alors lui, on était ensemble et puis on allait souvent, partout. On était même des gens, j'ai vu des gens un conseiller général d'Avallon nous dire " allez faut aller de l'autre côté de Dijon y'a une réunion " euh... alors on y allait !

Sandrine Dumarais : Et pourquoi vous l'aidiez comme ça autant ?

Camille Marchand : Parce que c'est un type que j'avais confiance en lui euh... Je le connaissais à peine quoi mais enfin plus on le fréquentait plus on avait l'impression que c'était un homme de grande valeur.

Sandrine Dumarais : Et vous étiez pas un peu jalouse que Camille s'en aille tout le temps ?

Madame Marchand : Très souvent, surtout au moment des campagnes électorales.

Sandrine Dumarais : Racontez-moi ça ...

Madame Marchand : Alors au moment des campagnes électorales il passait ses nuits à coller des affiches. Alors moi à la fin j'aurais pris Mitterrand en grippe parce que je disais " il va faire plus que travailler pour Mitterrand ! "Il savait d'ailleurs ! Une année je lui ai dit : " J'ai même pas voté pour vous ! Tellement que j'étais en colère ! " Oh là non mais c'était vrai hein. Mais malgré tout, les gens ils votaient le bonhomme, ils votaient pas non plus le parti hein. C'est moi, j'étais pas vraiment une fille de gauche mais on votait le bonhomme. Mais cette année là; tellement qu'il avait fait la campagne (rires) j'ai pas été voter même. J'ai pas été voter hein ! Oh j'étais très très en colère (rires). Ah il passait des journées entières et des nuits à courir placer des affiches.(brouhaha) ah mais il savait Mitterrand je lui disais quoi !Enfin c'est pas pour ça qu'il m'en voulait. Non mais enfin quand même il abusait quoi.

Camille Marchand : C'était pas lui qui abusait...

Madame Marchand : C'était pas lui qui abusait, c'était lui qui n'arrêtait pas de traîner les chemins. Alors il se faisait pas trop de travail non plus quoi.

Camille Marchand : Ah ben ça c'est sûr.

Madame Marchand : Alors lui il avait pris la place de maire mais croyez moi qu'il s'est occupé sérieusement hein. Oh là là. Oh là là là là. Pas croyable ! (rires) c'est vrai.

Camille Marchand : Non mais comme il était Conseiller Général il fallait le soutenir à tout point de vue quoi ! Et puis... j'en étais que... j'ai compensé par son amitié.

Madame Marchand : Non mais c'était quand même l'homme très simple, très, très gentil comme ça avec les gens hein. Pas fier un brin. Tu... vous l'avez connu vous non ?

Camille Marchand : Oh ben...

Madame Marchand : Un p'tit peu quand même... Oh ben il allait souvent chez vous quand même aussi.

Sandrine Dumarais : Et vous le conduisiez souvent, c'est souvent vous qui le conduisiez .

Camille Marchand : Oui quand il avait personne par exemple euh... je le conduisais hein... le jour... Y'avait de la neige c'était en hiver quoi. Il était à Lorme et puis y'avait personne pour l'emmener à Cluny alors je, il m'dit " vous allez m'emmener oui " et puis ma fois y'avait du verglas de la neige j'allais pas trop vite, il m'dit " allez un peu plus vite quoi ", j'lui dis " et si on se trouve dans le fossé on peinera pour sortir " enfin... on est arrivé quand même à Cluny.

Sandrine Dumarais : Et pour les élections de 58 vous vous rappelez ça, des faits de 58 ?

Camille Marchand : Ah oui. Ah ça je m'en rappelle ça a été un coup dur.

Sandrine Dumarais : Qu'est-ce qui s'est passé en 58 ?

Camille Marchand : Ah ben en 58 il a été battu par " ? " ouais... et puis on a accusé le coup quoi.

Sandrine Dumarais : Mais pourquoi il a été battu à votre avis ?

Camille Marchand : Je ne peux pas bon les gens ont pensé que il avait peut-être pas fait assez ou j'sais pas quoi, enfin c'était politique à fond là. Mais il a été réélu sénateur euh après. Il est pas resté longtemps sans rien avoir (rires).

Sandrine Dumarais : Et ses témoignages d'amitié que vous avez reçus, comment vous expliquez toutes ces cartes postales qui sont là ?

Camille Marchand : C'est à dire que oui chaque fois qu'il partait à l'étranger, il m'envoyait une carte et même c'est spécial hum aux élections de 89, les élections étaient le 12 mars et le 10 il m'envoyait une carte d'Alger en me disant ses amitiés et le 11 il m'envoyait une carte de Bruxelles en me disant " bonne chance pour demain ".

Madame Marchand : Il nous en a envoyé avant qu'il soit président aussi.

Camille Marchand : Ah ben oui.

Madame Marchand : Mais après il a été président.

Camille Marchand : Depuis 64.

Madame Marchand : Avant qu'il soit président ben il envoyait et puis après quand il a été président j'ai dit " maintenant il a été président ben il nous en enverra plus il a autre chose à penser que des pigeons comme nous ". Ben si il a quand même toujours continué à nous en envoyer. Ah oui oui. Il savait que ça faisait plaisir à mon mari aussi et il l'aimait beaucoup quoi. Alors ça il a continué à nous en envoyer. On en a plus de président que d'avance quoi. Qu'avant on les gardait pas trop, il était... vous voyez parce que y'en a beaucoup on devrait en avoir plus que ça. Et alors après quand il a été président ma fille a dit il faut surtout les garder. Parce que elle les a toutes classées elle...

Yves Civard : Quelle est celle qui vous a le plus touché. Vous avez un souvenir particulier d'une carte postale qui vous a...

Camille Marchand : Heu oui... c'est à dire c'est la dernière que... quand il a été gravement malade.

Madame Marchand : Sa dernière il était très malade déjà.

Camille Marchand : J'ai envoyé une gerbe de rose et il m'a renvoyé c'était pas une carte postale c'était un morceau de papier qu'il a qu'il m'a remercié...

Madame Marchand : Même la dernière fois, je sais même pas si c'est lui.

Camille Marchand : C'était le 26 octobre.

Madame Marchand : C'est tapé à la machine c'est p't'être même pas lui il pouvait plus écrire.

Camille Marchand : Non mais si... il avait gribouillé... il avait gribouillé sur un petit morceau de papier qu'il me remerciait... mais... j'ai pas pu retrouver le bout d'papier voyez-vous. Celle là m'avait profondément touché parce qu'on sentait qu'c'était la fin quoi.

Yves Civard : Il s'inquiétait de votre santé aussi je crois ?

Camille Marchand : Ah oui. Ah ben oui. Ce qu'il y a en 84 j'ai été opéré à " Dracy le fort " de... du genou. Et puis bon j'ai reçu pas mal de coup de téléphone et puis à 17 heures du soir un coup de téléphone heu l'infirmière rentre elle fait " Ah vous êtes tout le temps pendu au téléphone ". Alors je dis " Oh non un petit peu " et puis je lui fais " C'est l'Elysée ". Alors elle a fermé la porte et puis elle fait... ce type là c'est pas pensable que ... que l'Elysée puisse s'occuper d'un homme comme ça bon... qu'elle a pensé. Et puis le lendemain j'avais une lettre. Et ma fois ça avait changé de ton même les médecins, les chirurgiens disaient " Ah ben si il est malade faudra nous l'envoyer hein ! " (rires) Ah oui !

Yves Civard : Qu'est-ce que vous aviez eu comme opération ?

Camille Marchand : Opération... Ils m'avaient enlevé un morceau d'os du tibia qu'ils m'avaient remis dans le genou. Parce que soit-disant d'après le spécialiste de Drancy le fort euh j'avais porté des charges qui n'étaient pas en rapport avec ma corpulence et ce qui était vrai parce que moi mon vrai métier c'était charon-charpentier-couvreur. Avec mon frère et mon père. C'était l'esprit de famille euh bon. On m'donnait la pièce de temps en temps mais enfin j'suis parti en 36 la première classe qui faisait deux ans j'avais pas beaucoup d'argent dans ma poche. Et j'ai eu la chance de revenir en 40 le 25 août, oui, euh... J'étais sous-chef mécanicien dans l'artillerie et on était montés à Amiens, on est redescendu à pied d'Amiens jusqu'à Bergerac. Parce que... puis alors ce qu'on cherchait c'était rien que les coins boisés où qu'ils pouvaient nous abriter parce qu'on avait une roulante et il fallait allumer, l'allumer pour faire chauffer les aliments chaque fois qu'on l'allumait les stoucards nous tombaient dessus. Alors je suis rentré en 40 donc j'ai monté la saboterie.Je n'y connaissais rien mais je voulais pas continuer de... mon frère avait deux garçons qui étaient déjà assez grands qui voulaient lui aider quoi. Et puis la saboterie ça a pas mal marché quoi, évidemment euh y'avait pas de moyen de, de moteurs électriques. Les Allemands ne voulaient pas qu'on se branche, j'avais donc acheté une machine à vapeur. Et puis ce qu'il y a c'est qu'il fallait traîner l'eau quoi, c'était ça le drame. Et puis ma fois après j'ai monté un transformateur et j'ai mis des moteurs électriques comme il fallait. Et puis ma fois en 80 c'est le fils qui a repris la saboterie.

Yves Civard : Alors comment vous montiez l'eau ?

Camille Marchand : On traînait l'eau avec des vaches, une tonne. Il fallait aller la chercher à 2-300 mètres 400 mètres. Hiver comme été.

Madame Marchand : Vous l'avez vu la chaudière ?

Yves Civard : Oui oui oui oui...

Madame Marchand : C'était le même genre.

Camille Marchand : Mais c'était le même genre mais il y avait pas d'eau.

Madame Marchand : Non y'avait pas d'eau non.(brouhaha)

Sandrine Dumarais : Et qu'est-ce qu'il a fait Mitterrand pour moderniser le Morvan alors ?

Camille Marchand : Et ben il a aidé bon le regroupement des communes déjà... c'était commencé après lui puis avec lui. Il nous a aidé dans la mesure où il pouvait apporter un peu de ... parce qu'il n'y avait pas d'électricité. Et évidemment il a fallu... Y'a des communes comme Saint Agnan qui n'avaient pas l'électricité. Et puis surtout nos routes euh...

Sandrine Dumarais : Et puis l'eau aussi ...

Camille Marchand : Ah puis l'eau, l'eau oui. Parce que y'avait pas d'eau, on a mis l'eau en 57 nous... Ce qu'il y a c'est qu'avec la Saur ça a été beaucoup plus dur parce qu'ils nous ont fait payer beaucoup plus cher. Mais nous à Gouloux là en 57 on avait capté ça sur un sommet très haut qui alimentait sans branchement de la commune, mais pas les maisons éloignées quoi, alors on payait l'eau pas cher évidemment mais il a fallu remettre les hameaux avec l'eau et ça nous a coûté très cher avec la I .

Sandrine Dumarais : Qu'est-ce que vous regardez Madame Marchand ?

Madame Marchand : Pardon ?

Sandrine Dumarais : Qu'est-ce que vous regardez ?

Madame Marchand : Ah ça... je regarde l'Elysée quand on a été à la décoration à Paris. Ah oui y'a toute ma famille là. Y'a mes enfants, y'a mon fils, la belle fille, y'avait le docteur Signet il y était aussi, y'avait l'docteur Tellot qui y est aussi, c'est quand on avait été décoré, quand il avait été décoré Chevalier de la Légion d'Honneur. Et oui. Ah ben là celle là voyez.

Camille Marchand : Ca c'est en 81, tous les maires...

Madame Marchand : Ca c'était quand il a été élu.

Camille Marchand : euh...(brouhaha)

Madame Marchand : Et votre père il y était pas encore peut-être à ce moment là, non ?

Camille Marchand : Non peut être pas, non non.

Sandrine Dumarais : Vous pouvez me raconter la journée du 21 mai 81 ? Investiture ?

Camille Marchand : Ca ça a été pour nous une histoire formidable quoi. Tous les maires étaient, on était heureux et puis on a mangé à l'Elysée évidemment par petites tables de 4, 4 ou 6. Mais ça c'était formidable. Alors j'ai vu Giscard partir euh aussi quoi. Y'a des gens p't'être pas tellement... qui ont crié " va t'en, va t'en, va t'en ". J'ai trouvé que c'était un petit peu exagéré quoi. Mais enfin c'est un souvenir inoubliable.

Madame Marchand : Ah oui là y'avait tous les maires du... du canton là j'les vois tous.

Sandrine Dumarais : Et qu'est-ce qui s'est passé ce jour là exactement, qu'est-ce que vous avez fait ?

Camille Marchand : Oh ben c'est à dire qu'on a mangé à l 'Elysée et puis ma fois on était heureux quoi. Il est passé à chaque table nous remercier de ce qu'il avait été élu quoi.

Sandrine Dumarais : Mais vous êtes arrivés avec lui dans Paris aussi ?

Camille Marchand : Ah ben oui. On est sorti après. Ca c'est des souvenirs inoubliables.

Sandrine Dumarais : Et vous êtes allé au Panthéon aussi...

Camille Marchand : Oui aussi.

Madame Marchand : Là c'est quand ils sont à l'intérieur ça, c'est quand ils sont à l'intérieur de l'Elysée ça.

Camille Marchand : C'est en 81.

Madame Marchand : Qu'on les voit tous.

Sandrine Dumarais : Vous étiez où vous pour les résultats du 10 mai 81, comment vous avez appris les résultats de son élection ?

Camille Marchand : Et ben par la télé quoi. Et puis ma fois évidemment Château Chinon était, ils étaient heureux quoi.

Sandrine Dumarais : Et vous étiez où ce jour là ?

Camille Marchand : Et ben j'étais, c'est à dire que on est montés à Paris mais pas le même jour.

Madame Marchand : Le lendemain. Je sais pas... Ils ont été invités. Ils ont été invités à y aller, y'avait un car organisé je me rappelle, ils sont allés pour fêter ça.

Camille Marchand : Parce que ma fille est à Paris et puis bon j'avais l'occasion...

Madame Marchand : Non mais vous y êtes allés en car avec l'équipe de Château Chinon là. Parce que y'a la photo là.

Camille Marchand : Non mais oui mais c'est autre chose ça.

Madame Marchand : C'est quand vous y êtes allés là.

Yves Civard : Non mais le jour, quand y a eu, le soir quand ils ont annoncé les résultats.

Madame Marchand : Ah non mais ils ont pas été à Paris là. Ils ont fêté ça à Château Chinon.

Camille Marchand : On était là. On était là. Oui oui on était à Château Chinon là. Oui oui parce qu'il faut pas mélanger évidemment oui oui.

Yves Civard : Alors vous vous y attendiez ...

Camille Marchand : Euh. Oui on aurait été drôlement déçus si ça n'avait pas été... s'il n'avait pas été élu mais enfin on y croyait quand même. Parce que y'avait eu vraiment un effort de fait en sa faveur quoi.

Yves Civard : Alors c'est le visage qui est apparu c'est ça ?

Camille Marchand : Ah oui. Ah oui oui. Ah le visage qui est apparu sur le, sur la télé, évidemment que ça, on était heureux quoi ! (rires) On a passé la nuit presque pas à se coucher.

Sandrine Dumarais : C'était pas votre engagement politique à vous Camille ?

Camille Marchand : Oh ben en 36 j'avais 21 ans, Léon Blum, les congés payés, les lois sociales. J'ai pensé que c'était quand même une belle chose. Et puis ma fois, j'ai pas changé depuis.

Sandrine Dumarais : Mais Mitterrand quand il est arrivé ici, il était de centre droit ...

Camille Marchand : Oui, oui mais enfin heu, bon... On pensait qu'il aurait fait quelque chose et sa politique à l'époque on ne connaissait pas grand chose de ce qu'il avait élevé quoi ! Il a été élevé dans la religion. Mais enfin on peut être croyant et puis être socialiste, d'ailleurs l'ancienne femme du maire de Moule nous l'a dit l'autre fois. Elle est comme ma femme, ça va à la messe très souvent et puis bon ben, elle vote à gauche elle a toujours voté à gauche elle.

Yves Civard : Vous madame, vous avez toujours voté à gauche ?

Madame Marchand : C'est à dire que moi non, j'étais pas la femme de gauche moi, j'étais la femme de droite. Mais je votais pour le m... pour l'homme, j'ai pas voté pour le, pour le parti moi. J'ai pas de parti hein. Mais je votais pour l'homme quand même parce que je trouvais qu'il était valant. Et ma mère, ma mère c'était aussi une femme de droite. Elle votait De Gaulle dans le temps et tout, mais elle votait pour Mitterrand parce que c'est pareil elle le trouvait très, très bien, elle tenait un p'tit café là à côté ma mère, il allait la voir tout le temps. Il était j'vous dis assez sociable, assez gentil comme ça avec les gens. Alors les gens ils étaient, y faisait pareil. Y'a beaucoup de gens ils votaient pour lui, c'était pas... c'était l'bonhomme, ils votaient l'bonhomme hein, ils votaient pas le parti. De toute façon c'était pas un homme vraiment de gauche Mitterrand. Il avait tourné à gauche parce qu'il avait surtout euh qui pensait qu'il aurait plus de chance avec la gauche mais c'était quand même un homme de droite. Il avait tourné à gauche d'accord parce que c'est... il savait qu'il serait arrivé p't'être plus avec la gauche. Enfin y'a beaucoup ils votaient le bonhomme hein, ils votaient pas le parti.

Camille Marchand : Non puis c'qui y'a j'vous l'ai dit c'qu'y a quand ils v'nait déjeuner là bon ben il s'intéressait sur Pierre, sur Paul, il s'rappelait non pas de son nom mais de son p'tit nom, et comment il va celui là. Oh il était un peu arrogant mais enfin c'était un brave homme et puis on allait chez les gens euh voir ce qu'ils faisaient. Toute la journée il passait, il restait dans la commune.

Yves Civard : A se promener ?

Camille Marchand : Oui.

Madame Marchand : Oui oui.

Camille Marchand : Puis ma fois il aimait la nature.

Madame Marchand : Il s'intéressait beaucoup.

Camille Marchand : Ouais.

Madame Marchand : Les gens, les familles, il reconnaissait les gens hein il les avait vus une fois il les reconnaissait. Y'a une dame là qui tenait un café aussi, Madame Reigner, ah il la connaissait bien et pourtant il était pas venu souvent. Mais il vous voyait une fois et il vous reconnaissait hein.

Camille Marchand : Oui puis justement son mari là était un peu butot, c'était un communiste euh, p't'être un peu acharné. Oh il me disait il est butot un peu mais c'est un brave homme.

Sandrine Dumarais : Et justement ses ballades ici, quel contact il avait avec la nature, le Morvan ?

Camille Marchand : Ah ben il aimait, il aimait les bois, il aimait la rivière, il aimait l'eau quoi et les forêts. Ah ça il aimait bien marcher quoi. On f'sait, on f'sait l'tour par le Pont de terre rouge ou le Pont de la racine, puis on discutait un peu quoi. Et puis ma fois, la journée se passait comme ça.

Madame Marchand : Et ses fils ils lui ressemblent bien aussi. Y'a un de ses fils quand ils sont venus avec votre papa et tout et ben ça a été tout à fait François Mitterrand celui là. L'autre non mais celui là oui.

Yves Civard : Comment il s'appelle ?

Madame Marchand : Y'a pas longtemps qu'ils... enfin si après le décès...

Camille Marchand : Gilbert.

Madame Marchand : Gilbert oui. Il a été venu là, j'y dis " On vous l'demande pas... " J'y dis " Vous on vous demande pas qui vous êtes parce que vous ressemblez tellement à vot'papa " c'est vrai hein ?

Sandrine Dumarais : Et vous gardez des contacts avec la famille Mitterrand ?

Camille Marchand : Euh oui mais moins qu'avant évidemment avec madame Mitterrand oui... les enfants moins.

Madame Marchand : Au début ils nous ont envoyé la naissance de... ils ont, Gilbert il a eu un autre enfant il est remarié il a eu un autre enfant.Et ils avaient envoyé un faire part de l'enfant. Mais après on n'a pas eu de nouvelles. Madame Mitterrand encore de temps en temps. On a été à Chenauve avec elle pour l'inauguration de la bibliothèque de Chenauve. Comme on leur avait prêté les cartes postales alors on a été invité par Chenauve par la municipalité. Alors elle, elle y était, elle était... Elle connaissait personne, y'avait qu'nous qu'elle connaissait, alors ils nous avaient fait mettre dans une pièce à Dijon, à Chenauve là quoi. Et puis quand elle est arrivée et ben heu nous on est sorti, la voilà qu'elle arrive alors elle était toute surprise de nous voir bien sûr, y'avait que nous qu'elle connaissait à Chenauve. Ah, et puis on l'a... toi tu l'as revu à Dun les Places cette années.

Camille Marchand : Le 26 juin.

Madame Marchand : Oui mais enfin on n'a plus, on n'a plus beaucoup de relations avec eux. Elle vient pas beaucoup non plus. Pas comme lui quand même il écrivait beaucoup aussi... qu'il venait chaque fois.La dernière fois qu'il est venu à Dun les places, bon ben moi j'ai été lui demander de ses nouvelles il était très mal à ce moment là encore. Et ben il s'est encore inquiété de tout le monde, les enfants heu. Vous voyez pourtant il avait d'autres soucis non.

Yves Civard : Alors on disait que c'était un grand séducteur Mitterrand... les rapports avec les femmes ici... est-ce que... il avait des maîtresses ici, non ?

Camille Marchand : Oui oh ben ça ici euh... j'pense pas qu'il en ait beaucoup mais enfin... il a fait sa vie comme beaucoup d'autres là dessus ! (rires)

Madame Marchand : Oui.

Camille Marchand : Oui.

Yves Civard : Mais dans l'Morvan y'avait des histoires qu'on raconte là... sur ses relations féminines....

Camille Marchand : Oh non, j'pense pas. Oh non, pas de trop non non.

Madame Marchand : Si y'a des femmes qui lui couraient bien après quand même, il était beau gars hein. Mais ça l'intéressait sûrement pas il avait autre chose, il avait autre chose de mieux. (rires) Non non, c'est sûr.

Camille Marchand : Non mais là.

Madame Marchand : Non ici y'en n'a pas eu vraiment.

Yves Civard : Vous le trouviez séduisant alors, vous en tant que femme, vous trouviez que c'était un bel homme ?

Madame Marchand : Si c'était un bel homme, c'est à dire il était très gen... très sociable, très... puis il était pas mal comme homme quoi. Moi j'aurais pas pris envie de Mitterrand pas plus qu'j'pourrais avoir envie d'un autre, mais enfin y'a des femmes qui prennent quand même envie... de c'est vrai, c'est vrai non.Oh il avait quand même du succès quand même faut pas dire. Mais enfin...

Camille Marchand : Il était d'abord très intelligent et puis il avait...(brouhaha)

Sandrine Dumarais : Dans quelles circonstances vous avez appris son décès ?

Camille Marchand : Et ben c'est à dire que je l'ai appris par Château Chinon.

Madame Marchand : Nous on n'avait jamais su même qu'on était très amis avec lui, on n'avait jamais su qu'il avait une fille, jamais, on l'avait jamais su. Y'a pas longtemps qu'on l'avait su.Une fois qu'on avait été à une réunion à la préfé... à la préfecture puis on a été voir madame euh... comment qu'elle s'appelle... de l'hôtel du vieux Morvan là...

Camille Marchand : Chevrier.

Madame Marchand : Mme Chevrier et puis on est venu à parler de ça quoi, qu'on avait appris que Mitterrand il avait une fille. Elle dit " moi y'a longtemps que j'le savais ", elle nous a fait voir une photo d'la fille elle avait à peu près huit ans à l'époque. Et nous on le savait pas. Mais elle nous a fait voir une photo qu'ils avaient eu chez elle... qu'elle mangeait chez eux à ce moment là... et y'avait la p'tite était... elle me dit " tiens voilà la p'tite " mais elle dit " j'en n'ai jamais parlé à mes enfants ". Elle leur en avait pas parlé. Et ça se savait pas, non non non.

Yves Civard : Et qu'est-ce que vous en pensez ?

Madame Marchand : Même qu'ils étaient très amis ensemble, il a pas dit... Ah ils faisaient tous pareil hein. (rires). Ils étaient partis c'était tous les copains.(brouhaha)

Camille Marchand : En Amérique Clinton ils ont fait une comédie vous savez bon ben j'trouve que c'était exagéré.

Madame Marchand : C'est bien la sienne.

Camille Marchand : Et puis beaucoup de nos ancêtres heu avaient plusieurs femmes c'était autre chose. (rires)

Madame Marchand : Il en a bien fait son devoir aussi quand même quoi, il s'en occupe bien et tout. Maintenant on n'en entend plus parler de Mazarine. Plus beaucoup quoi.

Camille Marchand : Si, y a un livre.

Madame Marchand : Si y'a un livre qu'elle a fait. On l'a lu l'livre qu'elle a fait. Vous l'avez lu non ? Ce livre de Mazarine sur son père.

Yves Civard : Vous l'avez lu ?

Camille Marchand : Madame Marchand : Oui oui.

Sandrine Dumarais : Dans quelles circonstances vous avez appris son décès ? Quand il est mort...

Madame Marchand : Et ben c'est le matin à la télévision qu'on l'a appris. Quand il est décédé là, on l'a appris le matin " tiens Mitterrand est mort ". (soupir)

Camille Marchand : On était aux aguets.(brouhaha)Parce qu'on sait bien qu'il aurait pas tenu longtemps dans ces conditions là quoi, alors évidemment, ça fait mal quand même quoi. C'était... sa souffrance a été très dure et il a tenu jusqu'au bout.

Madame Marchand : Mais il était quand même dur hein. Il souffrait beaucoup j'vois la dernière qu'on l'a vu à Dun les Places qu'il a été quand même au cimetière, il a été dans la mairie euh... où qu'y a les gerbes de fleurs là devant l'église. De là il est reparti à pied au cimetière ça fait loin... Mais il est r'venu encore à pied. Ah ben dites donc... et après il s'est assis dans la mairie et ben... c'est là qu'ai été lui dire bonjour, plusieurs personnes se sont approchées lui dire bonjour. Alors là il était fatigué hein, il était quand même très très courageux hein. Il a été jusqu'au bout quand même hein.

Sandrine Dumarais : Mais ça a pas fait une chose ici sa disparition ?

Camille Marchand : Oh si, oh si si. Tout le monde a été choqué même ceux qui n'étaient pas ses amis vraiment. Et puis on a vu tous les enfin...

Madame Marchand :(par dessus) Moi j'ai enregistré toute lé cérémonie, j'ai la cassette là.

Camille Marchand : Ils ont pensé que c'était un grand bonhomme qui disparaissait.

Madame Marchand : Ah ben oui, c'est sûr.

Sandrine Dumarais : Et les gens du Morvan qu'est-ce qu'ils en disaient ?

Camille Marchand : Ca depuis longtemps on parlait de c'qu'il avait un cancer quoi, alors bon ça les a surpris et ça surprend quand même toujours quand on disparaît mais là ils s'y attendaient un peu.

Madame Marchand : Ils savaient bien qu'il était perdu de toute façon.

Camille Marchand : Oui.

Sandrine Dumarais : Et vous, ce jour là, vous avez perdu quoi alors ?

Camille Marchand : Ben j'ai perdu un grand grand ami quoi, qui qui m'a gâté par ses cartes, par son amitié. Surtout qu'il avait pas grand chose à recevoir de moi. Souvent j'ai été très surpris parce que euh... dans ses grandes randonnées ou si il était en voiture qu'il m'apercevait, il faisait arrêter la voiture pour me dire bonjour alors que y'avait d'autres gens plus importants que moi à côté et il disait rien. J'étais un petit peu gêné quoi. D'ailleurs c'est comme vous avez vu quand il est v'nu là-bas... inaugurer...

Générique

REA : CIVARD Yves ; DUMARAIS Sandrine

Mots clés

INTERVIEW; sonore

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FERNAND MENNETREY

CAMILLE MARCHAND - JANINE

MONSIEUR POIRIER - FANNY COQUILLON